Photo de l'artiste

Petro Lebedynets, proche de la cinquantaine, appartient à ces artistes des pays de l’Est qui ont étudié l’Art selon les normes académiques classiques et les canons en vigueur du réalisme socialiste. Néanmoins, dans les années 70 et 80 du siècle dernier, s’est développée à Kiev une résistance d’artistes, souterraine et illégale qui prônaient un art libre, permettant aux créateurs d’exprimer l’entier de leur monde, y compris dans ses composantes et attaches, spirituelles et métaphysiques. A émergé alors un art abstrait, radical et fervent. L’un de ses penseurs fut Tibéri Silvachi, et ses fameuses analogies, équivalences spatio-temporelles. Concrètement, des couches de peinture à l’huile superposées, parfois vieillies, d’œuvres réalisées en plusieurs années, évoquant les abîmes du temps qui passe. Avec un lyrisme parfois fulgurant.

Ayant commencé par l’art figuratif et singulièrement les natures mortes, pour les intéressants problèmes de composition qu’elles impliquaient, Petro Lebedydets trouve peu à peu son écriture propre et son épanouissement dans la mouvance de cette abstraction lyrique, métaphysique et matiériste, continuation du travail des avant-gardes d’une grande première moitié du vingtième siècle.

Dans ses toiles, sous les formes et les couleurs en un certain ordre assemblées, émergent des réminiscences, des émerveillements. Eblouissement devant le spectacle des beautés naturelles, transposées en un chant de couleurs miraculeusement accordées. Loin des jeux gratuits, sa peinture participe à la vie de l’esprit. L’artiste est un savant coloriste qui maîtrise à merveille l’art des contrastes et de la symbolique avec des teintes en couches superposées, presque tremblées, pure énergie en vibration. Et dans ses nus féminins, stylisés pour dire l’essentiel- la beauté d’un geste ou d’un attitude- il y a presque une sauvagerie des couleurs, tellement saturées, presque en rupture, comme pour nous dire l’urgence du désir, la promesse d’une extase. La couleur, comme véhicule des émotions, encore et toujours.

Comme nous le prouvent des artistes encore à l’œuvre aussi éminents que Pierre Soulages pour la France , Gerhard Richter pour l’Allemagne, ou Zao Wouki , aux racines chinoises, la source de l’abstraction lyrique et métaphysique n’est pas tarie. Elle nous promet encore quelques bonheurs, quelques émerveillements, et également quelques pépites de beauté sauvage et nouvelle, qui nous viennent de l’Est de l’Europe.